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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 14:29

Je sors du cinéma. Je viens d’assister à une projection du film «Le procès contre Mandela et les autres ».

 Qu’en penser, qu’en dire ? A la sortie de la salle, je ressens un léger malaise.

Certes le film est techniquement très beau, les dessins d’animation très réussis, les entretiens avec les témoins et protagonistes encore vivants du procès de Rivonia (1963) sont conduits avec beaucoup sensibilité et le film porte une réelle émotion.

Alors pourquoi ce malaise ?

Un élément essentiel du procès est complètement  oublié, méconnu. Le terme censure serait certainement trop fort, mais le fait est bien là : la référence au communisme est presque totalement absente du film, alors que son spectre a totalement hanté ce procès.

 Le rejet du communisme fut l’argument essentiel de l’accusation. Pour elle, pour le régime d’apartheid,  l’ANC (African National Congress) est à considérer comme un agent du communisme international, c’est en application de la loi contre le communisme que l’ANC fut  interdit. C’est toujours en vertu de la lutte contre le communisme international que les pays occidentaux, les Etats Unis en tête, mais aussi la France et bien d’autres ont soutenu jusqu’au bout, ou presque, le régime d’apartheid en lui achetant du charbon, des minerais et minéraux, des produits agricoles, agrumes, en l’équipant largement en armements, et en se contentant à l’ONU, de vagues condamnations lénifiantes et sans effets concrets.

La situation géostratégique de l’Afrique du sud est aussi mise en avant. A la pointe de l’Afrique elle contrôle la voie maritime du cap de bonne espérance, au large duquel passent les pétroliers et d’autres navires, et cet espace ne doit surtout pas tomber entre les mains des ennemis de l’impérialisme. 

Le choix des interventions lors des débats  à l’ONU est également significatif. Le réalisateur choisit de répercuter la parole du représentant des EU qui ne condamne pas le régime et se contente de demander la clémence. N’était-il pas possible de rapporter, ne serait-ce que quelques secondes, la parole d’autres ambassadeurs par exemple celle du  délégué soviétique ?

Dans les arguments de la défense, le communisme est également très présent. Plusieurs accusés sont communistes, et il existe un accord entre l’ANC, qui à cette époque ne recrute que des Africains et le PC d’Afrique du Sud (SACP). Le SACP est le seul parti non racial. Il comprend des Sud Africains de toutes origines : européenne, africaine, indienne, métisse.

Au cours de sa plaidoirie devant le tribunal, au nom de l’ensemble des huit accusés, Nelson Mandela, tout en rappelant qu’il n’est pas communiste, expose les raisons du commun combat de l’ANC et du SACP. Il explique les raisons de l’intérêt de beaucoup de militants de l’ANC pour le communisme. Ces raisons sont de deux types :

-d’abord des raisons de politique générale : la lutte pour la fin de l’odieux système de l’apartheid et l’amélioration des conditions de vie des classes populaires de toutes origines. Au-delà de la fin de l’apartheid Nelson Mandela marque cependant les différences programmatiques entre l’ANC et le SACP. Il précise : « Son but principal (celui de l’ANC) était et demeure que les Africains s’unissent et obtiennent les pleins droits politiques. L’objectif essentiel du parti communiste était d’éliminer les capitalistes et de les remplacer par un gouvernement de la classe ouvrière ».

Ce soutien des communistes  n’est pas seulement interne à l’Afrique du Sud. Mandela affirme devant ses juges : « Sur le plan international aussi, les pays communistes nous sont toujours venus en aide ».

Il ajoute encore un peu plus loin  que «les communistes ont toujours joué un rôle actif  dans le combat des pays colonisés pour leur liberté. »

Au-delà des différences signalées plus haut, il note un point de convergence théorique, « Je suis attiré par l’idée d’une société sans classe, attirance provenant pour partie de lectures marxistes et, pour partie, de mon admiration pour la structure et l’organisation des anciennes sociétés africaines dans ce pays. La terre qui était alors le principal moyen de production, appartenait à la tribu… »

-Nelson Mandela met en avant un argument certes moins théorique mais très éloquent, « En outre, Les communistes furent pendant plusieurs décennies le seul groupe politique en Afrique de Sud qui fut prêt à traiter les Africains en êtres humains et en égaux. Ils étaient prêts à prendre leurs repas avec nous, à parler avec nous, à vivre et travailler avec nous… ».

On peut également s’interroger sur le choix des quelques images de manifestations de protestation contre la condamnation des accusés. Ce sont des images de manifestations  aux EU ou en Angleterre, sans oublier une image plus tardive d’Obama. N’était-il pas possible, pour un réalisateur français de choisir des images tournées en France. Il est vrai que la présence communiste dans ces manifs aurait été plus visible.

 Alors, malgré son intérêt certain, il est bien évident que ce film s’insère dans le courant politiquement correct d’une certaine forme de bien pensance et de la négation de la place des communistes dans les combats décisifs pour la liberté et la justice.

Robert Malclès ;

Source, Nelson Mandela : L’apartheid. Editions de Minuit 1985.

 

 

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