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14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 16:04

Voici un petit livre (104 pages) utile en cette période de remue-méninges dans la perspective du congrès national du PCF. Stimulant et agréable à lire, même si l’on n'en partage pas toutes les idées.

Deux adhérents du parti communiste, l’économiste Bernard Friot et le journaliste Frédéric Durand qui ne sont signataires d’aucune des contributions collectives déjà publiées, dialoguent librement et confrontent leurs points de vue .

Ils sont d’accord sur un constat : le système capitaliste nous conduit à la catastrophe. Il faut donc, nous disent-ils, « revendiquer à nouveau la transformation de la société et non plus une petite place à gauche »(P.6) Par quoi la remplacer ? « …par des propositions directement inspirées du marxisme et non d’un keynésianisme un peu mou. » En d’autres termes par « le communisme ». Mais quel communisme ?

Dans les journées d’études des Communistes - c’était le cas récemment à Domessargues (30) – cette question est souvent posée. Le projet de base de discussion adopté par le Conseil national du PCF affirme « Le communisme est la question du XXIe siècle » et il se prononce pour « un communisme de nouvelle génération »

C’est précisément à ce sujet que Bernard Friot et Frédéric Durand formulent des propositions audacieuses qui méritent réflexion et débat.

A partir de la définition marxienne : «Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel. »,  ils affirment avec force : « Le communisme n’est pas un « idéal » après lequel courir sans jamais l’atteindre… » (P. 28) Ce n’est pas une simple visée, ce doit être une construction concrète. (P.72) C’est dès aujourd’hui, sous le capitalisme qu’il nous faut conquérir des ilots de communisme». C’est possible comme en témoignent par exemple «  les prémices d’institutions communistes » que sont la sécurité sociale, le statut de la fonction publique, celui des salariés d’EDF-GDF, etc, arrachés par les luttes qui ont créé des rapports de forces favorables et  grâce à l’action de la CGT et à celle des ministres communistes à la Libération. Bernard Friot et Frédéric Durand nous appellent à des combats non plus seulement défensifs mais offensifs.

Certes « rien n’est acquis, mais rien n’est joué d’avance non plus » (P. 8). L’aspiration au changement est forte et le numéro de Cause commune de juillet-août notait les potentialités progressistes que recèle notre pays et que les difficultés rencontrées parfois nous cachent.

Comme Karl Marx l’a mis en lumière, le cœur de cible pour changer est la propriété privée des moyens de production et d’échanges. D’où l’objectif central que nous devons nous fixer : « la conquête de la propriété des entreprises par les travailleurs. » (P.77)

Nos deux camarades préconisent « …des batailles pour l’appropriation du pouvoir sur le travail, sur la production. Nous pensons que « le monde doit changer de propriétaire » par un changement du régime de propriété des outils de travail  et du statut des travailleurs. » « Les entreprises fonctionneraient mieux si elles étaient la propriété des travailleurs. » (P.14) La propriété des entreprises doit être transférée à des « collectifs » dont ils ne précisent pas les contours ni les modalités de mise en place et ce sont les travailleurs «  qui seuls produisent la richesse, [qui] doivent décider de l’investissement, de ce qui est produit, de la manière  de produire.» (P.14). « les travailleurs doivent être les seuls propriétaires » (P.18) écrivent-ils. Sans doute conviendrait-il d’associer aux décisions de gestion – ce qu’ils ne proposent pas - les usagers, les consommateurs au travers de leurs associations.

A l’opposé du « salaire universel » qui constitue une aumône, Bernard FRiot  se prononce en faveur du « salaire à vie », pour « la rétribution non pas à l’emploi mais à la personne » (P.35), en  fonction de la qualification, quel que soit l’emploi et non attachée au poste de travail.

Ces luttes doivent, selon les auteurs, être menées  « sur le territoire national [car c’est] aujourd’hui la seule réponse à la mondialisation du capital. »(P.77). Bernard Friot et Frédéric Durand estiment en effet la sortie de l’Union européenne « inévitable » (P.75) car « Croire qu’on va changer les règles de la BCE ou de la commission est une illusion. » (P. 76). Cette opinion n’est pas celle de la direction du PCF et fait débat parmi les communistes.

Autre proposition : la suppression du crédit dont les intérêts constituent un prélèvement indu sur les revenus des consommateurs ou sur la valeur créée par l’entreprise. Plus d’un lecteur en sera surpris qui aura perdu de vue les débats qui agitaient les théoriciens révolutionnaires du XIXe siècle. En lieu et place,  nos auteurs se prononcent en faveur du financement des investissements par des subventions attribuées par des caisses alimentées par des cotisations prélevées sur la plus-value créée dans les entreprises.

Cet ouvrage petit par sa taille mais très dense évoque bien d’autres questions dont le lecteur prendra connaissance avec intérêt : le populisme ; « le clivage peuple contre élite » qui se substituerait selon certains aux antagonismes de classes ; le salariat qui pour Bernard Friot englobe les producteurs indépendants, alors que Frédéric Durand préfère parler de « citoyens-producteurs », et bien d’autres encore…

Une contribution au débat de fond dégagé des enjeux personnels de pouvoir qui parfois polluent la réflexion.

Bernard DESCHAMPS, 14 septembre 2018

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