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24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 06:11

Allocution de Mgr. Robert Wattebled, évêque de Nîmes.

(avec son autorisation)

 

 

 

• M. le secrétaire général, M. François LALANNE, représentant M. le Préfet du Gard, M. Didier LAUGA
• Mme la Sénatrice, Mme Pascale BORIES
• M. le Maire ; M. Jean-Paul FOURNIER
• Mme la conseillère régionale, Mme Françoise BONS, représentant Mme Carole DELGA présidente de la Région Occitanie / Midi Pyrénées
• M. le Vice-président du Conseil départemental, M. Christian BASTID,
• M. le Président de la communauté d'Agglomération Nîmes-Métropole, M. Yvan LACHAUD
• Mme la Déléguée Générale pour la Caisse Régionale du Languedoc à la Fondation pays de France, Mme Virginie PERCEVEAUX
• M. le Vice-Président et Président Départemental du Gard pour le Crédit Agricole, M. Dominique DEMOUY
• M. le conservateur des Monuments historiques, en charge du département du Gard à la Direction régionale des affaires culturelles, M. Philippe Hertel

 • Mesdames et Messieurs les représentants des autres confessions chrétiennes et représentants des autres religions,

• Mesdames et Messieurs les membres du Conseil diocésain pour les affaires économiques,
• Mesdames et Messieurs les paroissiens de l’ensemble Nîmes-Sud et des autres ensembles paroissiaux de Nîmes,

• Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

 

Nous allons découvrir cette église Notre-Dame-du-Suffrage - Saint-Dominique dont la restauration a été conduite par Monsieur Eric GRENIER et nous nous félicitons de nous retrouver nombreux en ce samedi matin. Parmi nous se trouvent sans doute des personnes qui étaient présentes lors de la bénédiction de la première pierre en 1963 et de la bénédiction de l’église en 1964, des personnes qui ont célébré ici des événements personnels ou familiaux... Nous saluons respectueusement les membres des familles des concepteurs et des artistes qui ont engagé tout leur talent dans la réalisation de cet édifice. Les noms de Joseph MASSOTA, de Paule PASCAL, de Jean GINEYTS, de Dominique GUTHERZ, de Daniel SOURIOU, bien connus des Nîmois, seront souvent cités dans la présentation qui nous sera faite.

 

Je remercie chaleureusement toutes les personnalités présentes et je tiens à faire part de notre proximité avec celles et ceux qui se sont excusés. Une pensée particulière nous associe aux responsables religieux des autres cultes empêchés aujourd’hui et qui nous rejoindront demain dimanche.

 

Ma gratitude s’adresse à toutes les personnes, institutions, organismes (dont le C.A.U.E., Conseil d'Architecture d'Urbanisme et de l'Environnement) et services de la ville qui ont apporté leur soutien précieux : soutien pour faciliter les relations et les démarches de toutes natures, soutien financier bien sûr : de la Région Occitanie/Midi Pyrénées, de la Direction régionale des affaires culturelles Occitanie, du Crédit Agricole et sa Fondation Pays de France, de Mme Françoise Dumas, députée, au titre de la réserve parlementaire, sans oublier celui des généreux donateurs, soutien financier sans lequel l’Association diocésaine n’aurait pu assumer la totalité des dépenses. Les chiffres qui nous seront donnés tout à l’heure nous montreront l’importance de la charge à supporter par l’Association diocésaine. Ils nous indiqueront aussi le volume des subventions, des aides, des dons dont elle a bénéficié.

 

Le montant des devis, l’importance des frais à engager, ce qui pouvait être estimé au départ et ce qui s’est ajouté par la suite, ont suscité – je ne le cache pas – des hésitations et des réserves au sein des instances et des conseils du Diocèse. La construction d’une église ici avait été envisagée alors que le quartier se développait, avant même l’arrivée des Français d’Algérie. Les événements que vous connaissez avaient accéléré l’accroissement de la population. Des centaines d’actes religieux étaient alors demandés à l’Eglise catholique. Cinquante ans plus tard, le nombre des catholiques pratiquants du quartier s’étant amenuisé, ne pouvait-on pas destiner l’édifice à un autre usage ? Ne pouvait-on pas pour le moins le « sectoriser » pour n’en utiliser qu’une partie pour le culte ? Des suggestions ont été formulées en ce sens.

 

Mais reconvertir l’édifice, n’était-ce pas trahir l’intention originelle ? N’était-ce pas décider d’ignorer la qualité de l’œuvre d’art, dans son ensemble comme dans chacune de ses parties ou chacun de ses éléments ? N’était-ce pas finalement décider d’ignorer l’œuvre d’art en elle-même ? Une œuvre d’art ne se laisse pas fractionner. Elle induit une certaine profondeur, une certaine gravité où l’intériorité humaine s’objective en quelque sorte dans le matériau. Entre l’artiste, le créateur et celui ou celle qui découvre et s’approprie l’œuvre s’opère une rencontre mystérieuse qui se vit le plus souvent dans le silence. L’œuvre relie l’artiste et une personne, l’être humain que l’on hésite à qualifier seulement de « visiteur » ou de « spectateur », tant l’œuvre nous touche, nous atteint, nous émeut au plus profond de nous-même. L’âme de l’artiste s’adresse à notre âme.

 

Par delà les années l’œuvre jette une sorte de pont entre celui qui a conçu et celui qui regarde, entre celui qui a créé et celui qui découvre, elle relie deux humains qui se rejoignent dans leur humanité profonde. Par le fait même elle contribue aussi à la naissance et au développement de liens entre des contemporains qui apprécient ensemble l’ouvrage offert à leur admiration.

 

Dès lors pouvait-il être légitime d’enlever à la population de ce quartier le bénéfice de cette réalisation exceptionnelle reçue d’une génération encore toute proche ? La réponse s’accompagne d’un défi : le choix de restaurer cette église suppose la volonté d’en faire découvrir et apprécier les différents aspects, les différentes facettes. Comment nous ouvrir à tous sans perdre notre spécificité chrétienne ? Ou plutôt : comment nous ouvrir à tous justement à cause de notre particularité chrétienne ? Déjà nous nous félicitons du concert d’hier soir et de la programmation de visites, notamment avec des scolaires.

 

La découverte, la visite d’un lieu de culte nous rapproche dans une interrogation secrètement partagée sur le sens de notre existence, de notre destinée personnelle et communautaire. Chrétiens de 2018, nous entendons le Pape François nous répéter : « Dieu vit parmi les citadins qui promeuvent la solidarité, la fraternité, le désir du bien, de vérité, de justice. Cette présence ne doit pas être fabriquée mais découverte, dévoilée ». Cette conviction anime les paroissiens qui sont investis dans les multiples propositions du quartier. Cette conviction anime aussi, j’en suis sûr, l’association « Le Rocher » que nous sommes heureux d’accueillir et de saluer en la personne de M. Alain Froment, son président ici présent avec son épouse et des membres de la future antenne. Non, il ne s’agit pas de fabriquer la présence de celui que nous désignons du nom de Dieu. Il s’est fait découvrir dans la révélation biblique, il s’est fait connaître en Jésus-Christ. Il s’agit de vivre, de vivre jusqu’au bout ce qui est humain, de vivre dans l’Esprit de l’Alliance nouvelle et éternelle, et cela ne manquera pas de produire des fruits de vie dans la société.

 

Une ville n’est pas une juxtaposition de quartiers qui seraient comme autant de villages. A l’évidence, la ville est multiculturelle. Dans ce quartier comme dans bien d’autres, des formes culturelles diverses cohabitent de fait. Mais ce qui dans l’idéal pourrait être espace de rencontre et de solidarité est altéré, brouillé, perturbé, par des formes de méfiance, de fuite, de ségrégation voire de violence. L’Eglise est appelée à se mettre au service d’un dialogue parfois difficile. Les catholiques s’y sentent conviés, tous doivent s’y sentir toujours davantage appelés.

 

Edifice cultuel, cette église a vocation à accueillir de larges rassemblements. Heureux résultat d’un dialogue persévérant entre l’architecte et le Père Georges BENOÎT alors en charge du quartier, elle offre un espace liturgique conçu selon les perspectives du Concile Vatican II. A l’intérieur, l’assemblée des fidèles, des baptisés, se centre sur l’autel, la croix, l’ambon. C’est le Christ qui la convoque, lui parle, l’unit à son offrande, la renvoie à l’existence quotidienne. Sans doute cette église Saint-Dominique accueillera-t-elle des rassemblements et des célébrations diocésaines. Mais par définition de tels rassemblements demeureront exceptionnels.

 

En revanche, au quotidien, vue de l’extérieur et pour reprendre les propos de Joseph MASSOTA, la nef, barque de l’Eglise continuera de fendre les flots symbolisés par les horizontales du grand escalier pour aller vers le port, symbolisé par l’ancre de la croix camarguaise et les poissons. Ainsi la communauté d’Eglise se découvre toujours appelée à ne pas se laisser enfermer dans la nostalgie. Elle est précédée par Celui qui veut que l’homme ait la vie en abondance, Celui qui veut faire toutes choses nouvelles.

 

En terminant et en vous remerciant encore de votre présence et de votre participation, permettez-moi d’avoir une pensée pour tous les ouvriers, artisans, tous les corps de métier qui ont participé à cette rénovation. Permettez-moi aussi d’exprimer notre gratitude à toutes les personnes qui ont consacré du temps et de l’énergie à la préparation de cette inauguration, notamment le Père Jean-Claude Rodriguez, vicaire général, Monsieur Yves Dassonville et tous les membres du comité de pilotage ainsi que Madame Betty Delichère et le service de communication de l’évêché, le Père Serge Cauvas, les autres prêtres et les paroissiens de Nîmes-Sud. L’esprit dans lequel les uns et les autres ont collaboré augure bien de l’avenir. Merci à eux, merci à vous, merci à tous.

 

 

Le 16 juin 2018

 

+ Robert WATTEBLED

Evêque de Nîmes

 

 

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