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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 15:38

1962, les Accords d’Evian et le Cessez le feu en Algérie

   Ce dimanche 18 mars à Paris, rue du Faubourg Saint-Martin, la salle de 200 places s’est révélée trop petite pour accueillir tous les invités qui avaient répondu à l’appel de l’Association culturelle Témoignage et Mémoire, Fédération de France du FLN, afin de commémorer les Accords d’Evian du 18 mars 1962 et le Cessez le feu du 19 mars. Parmi eux de très nombreux jeunes gens et jeunes filles à l’image de leur jeune président M. Mohammed Mekid.

   J’ai été très ému d’y faire la connaissance d’anciens militants de la Fédération de France du FLN et de rescapés du massacre du 17 octobre 1961 parmi lesquels Mohammed GHAFIR dit Moh CLICHY ainsi que Mohand Arezki AÏT OUAZOU, Djilali LEGIMA et Benzour LAHOUARI (photo ci-dessus)

   Après que le sociologue M. Abdelkader BENARAB  eut précisé le but de la rencontre, j’ai rappelé le combat des mineurs algériens des Cévennes pendant la guerre d’Indépendance et évoqué le rôle éminent de Aïssa MOKRANE, Mohand Cherif DJENKAL, Abdallah HIDECHE, Mohamed DJENIDI, Mohamed KRIM, Slimane KACIMI et de Ahmed BOUZEGHINA et j’ai fait applaudir la moudjahida Fatima KRIM.

   Cette commémoration était honorée de la présence des représentants de l’Ambassade d’Algérie à Paris et du Consulat de Nanterre (photo ci-dessous en compagnie de M. le Vice-Consul et de M. Mohammed Mekid). Mon éditrice, Mme Samira BENDRIS (El Ibriz) était venue spécialement d’Alger.

 

Albert Camus à Aubais

   La présentation au château d’Aubais (30) de créations plastiques sur le thème de L’étranger d’Albert Camus, m’a donné l’occasion de relire ce premier roman publié en avril 1942 par le futur prix Nobel de littérature. Camus, lui-même a qualifié L’étranger, Le Mythe de Sisyphe, Caligula, et Le Malentendu, de « cycle de l’absurde ». Absurde la mort de l’Arabe  «  à cause du soleil ». Absurde le procès de Meursault, le meurtrier condamné non pas sur les circonstances de ce meurtre mais pour son indifférence lors du décès de sa mère. Absurde la relation amour-haine  de Salamano et de son chien galeux. Absurde l’attachement sans amour de Meursault à l’égard de Marie… Camus multiplie jusqu’à l’overdose les contretemps, les situations imprévisibles, les comportements contre-nature…   Les évènements évoqués relèvent-ils vraiment de l’absurdité ; sont-ils les fruits irrationnels du hasard ? Est-ce le hasard si la maîtresse sans nom de Raymond est désignée comme la Mauresque ? Est-ce un hasard si Meursault, Raymond et leurs amis disent  les Arabes en parlant de la victime du meurtre et de son frère ? Est-ce un hasard  si seuls les Européens ont des prénoms et des noms de famille ? J’y vois plutôt un reflet du comportement des Européens d’Algérie pour lesquels les Arabes n’étaient que des ombres. La mort de l’un d’eux n’avait dès lors guère d’importance. En tout cas moins d’importance que la disparition du chien de Salamano. En fait Camus, qui avait publié dans Alger républicain des reportages sensibles sur des fellahs, nous dépeint une société coloniale. Des êtres médiocres qui vivent médiocrement. Meursault qui a pourtant fait des études est un employé modèle mal payé mais soumis à son patron.   « Rien n’a d’importance […] On ne change jamais de vie » nous dit-il. C’est la philosophie que sa mère lui a enseignée. Nous somme en 1942. Les Américains ne débarqueront en Algérie qu’en novembre. Les Français d’Algérie sont alors, pour la plupart, pétainistes. Cela n’a pas d’importance, pourquoi se révolter ?  

   Neuf artistes exposent leur vision personnelle de L’étranger  au travers d’œuvres spécialement créées pour cette manifestation : Henri Baviera, Marc Bouchacourt, Gilbert Casula, Jean Coustaury, Lucette Felter, Geneviève Gravier, Bertrand Pigeon, Bruno Roudil, Christiane Vialar.

    Pendant la visite, la voix posée, souple et mélodieuse de Camus enregistrée en 1942 lisant le texte de L’étranger, sur des images numériques de Jean Coustaury, nous accompagne. Des images numériques servent également de supports à Geneviève Gravier.

   A travers un voile, Marc Bouchacourt a représenté Meursault braquant son révolver sur l’Arabe couché. Personnages désarticulés sous un soleil meurtrier.

                                                                                           « D’où vient que par moments un éclair furieux

                                                                                                       Comme un long serpent se déchaîne. »

                                                                                                                           Victor Hugo, Les Orientales, 1828

   Une composition géométrique en noir et blanc de Bruno Roudil, évoque le face-à-face du meurtrier et du juge comme une partie d’échecs dont Meursault, cependant sans révolte,  ne comprend pas les règles.

    Lucette Felter présente des séries de portraits éclatés de l’écrivain qui évoquent sa personnalité contradictoire, sensible aux misères des Algériens sans aller jusqu’à soutenir leur combat pour l’indépendance, (mais peut-être  est-ce de ma part une interprétation des intentions de l’artiste…) tandis que Gilbert Casula  en donne une silhouette changeante à peine esquissée.

    Des volutes de fumée sont présentes dans plusieurs tableaux évoquant la scène de la cigarette pendant la veillée funèbre de Mme Meursault, qui sera reprochée à son fils.

    Bertrand Pigeon, pour sa part, s’exprime à l’aide de la sculpture.

   Grâce à Henri Baviera et à plusieurs peintres, la lumière est terriblement présente, changeante, enveloppante, écrasante, cruelle ou douce selon les heures, passant du vert au rouge puis à l’éclat de l’or.

                                                                                    « Le ciel vert, au couchant, de pourpre et d’or se frange. »

                                                                                                                                                               JM De Hérédia

   Pris par le temps, nous n’avons pas pu malheureusement, voir l’évocation du beau visage de Marie, au lavoir par Christiane Vialar.

    Cette heureuse initiative de l’association Les artistes nomades et de  L’effet Gomazio , témoigne de la présence de l’Algérie toujours si proche. (Jusqu’au 1er avril au château d’Aubais)

 

Variations sur l’Orientalisme

   J’ai profité de ma présence à la commémoration des 18 et 19 mars à Paris, pour faire une visite au musée Eugène Delacroix à Saint Germain des Prés, qui expose une série de tableaux choisis par Lilian Thuram sur le thème de l’Orientalisme. L’ancienne demeure d’Eugène Delacroix et son jardin intérieur étaient sous la neige, ce qui ajoutait à leur charme.

   Delacroix a séjourné au Maroc en 1832 à l'occasion d’un voyage officiel sur invitation du Comte de Mornay qui s’y rendit afin de tranquilliser les autorités royales du Maroc préoccupées par la conquête de l’Algérie engagée en 1830 par la France.

   Les peintres post-indépendance condamnèrent l’Orientalisme qu’ils considéraient comme un alibi aux conquêtes coloniales. De fait, de nombreux artistes français  accréditèrent l’idée de la barbarie des Arabes et des Africains afin de justifier la soi-disant mission civilisatrice de la France. Les guerriers, par exemple, étaient présentés comme cruels face à une armée française humaine (!!!). En tout état de cause, les sujets choisis et le style dans lequel ils étaient traités n’empruntaient pas aux traditions locales. Dans le même temps (comme dirait quelqu’un), cet intérêt pour l’Orient reflétait une séduction évidente. Les guerriers peints par Delacroix sont toujours empreints de noblesse et les scènes de genre témoignent d’une réelle empathie pour le peuple. Dans le climat raciste actuel en Europe, l’Orientalisme ne me paraît pas dénué d’intérêt. J’y prends un certain plaisir.

    Dans la foulée, je suis allé voir Foujita au musée Maillol. Une autre forme d’exotisme du peintre japonais le plus français du Montparnasse des Années folles (1920).

Bernard DESCHAMPS

20 mars 2018

Suzy Solidor par Foujita.
Suzy Solidor par Foujita.
Suzy Solidor par Foujita.

Suzy Solidor par Foujita.

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