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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 21:20
 

La Croix

15/02/2018

Le témoignage d’un ancien appelé, publié ce mercredi 14 février dans L’Humanité, s’inscrit dans l’une des hypothèses avancées à ce jour par les historiens, selon laquelle Maurice Audin aurait été exécuté par le lieutenant Garcet, appartenant à un commando du général Aussaresses. « Il est aussi envisagé qu’il ait pu mourir d’une crise cardiaque sous la torture ou étranglé par l’un de ses tortionnaires, comme le pensait Pierre Vidal-Naquet », rappelle l’historienne Sylvie Thénault (1), qui souligne les fragilités inhérentes aux témoignages. « Comment cet appelé peut-il être certain qu’il s’agissait bien du lieutenant Garcet ? N’a-t-il pas été malgré lui influencé par cette hypothèse rendue publique ? De même, sur quoi se fonde-t-il pour penser qu’il s’agissait de Maurice Audin ? »

 

 

 

Le travail des historiens peut-il apporter de nouveaux éléments ?

Pour aller plus loin, il faudrait recouper ce témoignage avec d’autres documents, d’archives notamment. « Il faudrait notamment consulter le dossier de carrière du lieutenant Garcet pour vérifier s’il était bien affecté à cet endroit-là, à ce moment-là », poursuit l’historienne. Les archives de la guerre d’Algérie ne sont plus soumises à un registre particulier de fermeture et un système de dérogation permet d’accéder à celles qui sont encore fermées pour protection de la vie privée.

Mais des difficultés subsistent, logistiques d’abord : sur les kilomètres d’archives rapatriées d’Algérie, beaucoup ne sont pas encore classées, faute de personnel suffisant. Puis historiques : les archives publiques, ce sont les papiers produits par une administration, en l’occurrence l’armée. « On y trouve donc la version officielle des faits, par exemple le compte rendu de l’évasion ou de la punition du soldat qui en a été tenu responsable, énumère Sylvie Thénault, ou encore les procès-verbaux des interrogatoires des militaires qui la confirment. »

 

 

 

Emmanuel Macron pourrait-il reconnaître la responsabilité de l’armée et de l’État ?

Ce mercredi 14 février, lors d’une conférence de presse en présence de la famille Audin, le député Cédric Villani (LREM) a appelé le président à « prendre la parole » et à « mettre tout en œuvre pour satisfaire le devoir de vérité et de justice », tandis que son collègue Sébastien Jumel (PCF) a exigé une reconnaissance de la responsabilité de l’État. La veille au soir, face à l’Association de la presse présidentielle, Emmanuel Macron semblait plutôt préférer confier aux historiens la tâche « d’établir un maximum de vérité ».

Une position qui provoque l’incompréhension de certains historiens qui, à leur tour, appellent l’État à prendre ses responsabilités. « La perspective de trouver un papier sur lequel la vérité serait écrite est improbable, insiste Sylvie Thénault. Parmi les témoins, on ne sait pas combien connaissent la vérité et beaucoup sont déjà morts. Il est établi que Maurice Audin est mort entre les mains des militaires et de leur fait, soit pendant une séance de torture, soit après, exécuté. Il n’est pas besoin d’une preuve irréfutable des circonstances précises pour qu’il y ait une reconnaissance politique. »

 

 

Béatrice Bouniol

(1) Spécialiste de la guerre d’indépendance algérienne, auteure de La disparition de Maurice Audin. Les historiens à l’épreuve d’une enquête impossible (1957-2014), Histoire@Politique.

(Photo l'Humanité, "Maurice Audin par Ernest Pignon Ernest" Alger 2003)

 

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