Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 16:25

Comment j’ai ressenti le discours de Macron à Ouagadougou

   J’ai suivi en direct à la télévision le discours du Président Macron dans la capitale du Burkina Faso. Je prends le risque de cette réaction à chaud. Quitte à y revenir ultérieurement.

   Il ne suffit pas, comme il l’a fait,  de saluer les mémoires de Nelson Mandela et de Thomas Sankara, le militant et homme d’Etat marxiste burkinabè assassiné le 15 octobre 1987 pour bénéficier d’un brevet d’anticolonialisme. Ces deux références au début de son discours visaient à l’évidence à faire avaler son projet néocolonial comme la suite va le démontrer.

   L’affirmation : « Je ne suis pas venu vous faire la leçon » ponctua de façon répétitive son propos de près de deux heures qui énuméra les coopérations qu’il entend promouvoir. Leur nombre même, leur diversité et leur ampleur sont tels, qu’en les écoutant je me suis dit : « Mais quelle marge d’initiative reste-t-il  aux autorités burkinabèes ? » En fait Macron était venu leur dicter ce que devait être la politique de leur pays. Au détour de certaines phrases le choix  du vocabulaire révèle que loin d’avoir tourné la page  du colonialisme, il entend au contraire poursuivre une politique néocoloniale. Pour lui « le discours postcolonial ou anticolonialiste » est une « bêtise » indigne des « jeunes générations » » Il a évoqué à plusieurs reprises une « histoire partagée» avec les pays d’Afrique. Partagée, donc souhaitée de part et d’autre et mutuellement bénéfique la domination coloniale avant les indépendances ? Domination coloniale qui certes commit des crimes mais selon lui « réalisa aussi de grandes choses ». Il affirma qu’il n’aurait pas soutenu les opérations militaires de Sarkozy en Libye mais il dit son soutien à l’intervention de Hollande au Mali, prône une intervention du G5 dans le Sahel et à propos des 3 500 soldats français de l’opération Barkhane qui sont encore aujourd’hui au Mali, il ne rougit pas en apostrophant une étudiante dans le débat qui a suivi : « Vous devriez les applaudir ». Les questions posées par les étudiants l’ont sérieusement secoué même si une partie de la salle l’applaudissait. Des manifestations se déroulaient à l’extérieur de la salle dont je n’ai pas pu mesurer l’ampleur.

   Je n’aurai pas la cruauté de mentionner les pays africains cités par Emmanuel Macron comme des exemples. L’Afrique du Sud et l’Algérie n’en faisaient pas partie.

   Son discours, dit-on, a été écrit par un groupe d’une dizaine de personnes qui composent son Conseil présidentiel pour l’Afrique présidé par M. Jules-Armand Aniambossou. Celui-ci occupait précédemment le poste d’Ambassadeur de la République du Bénin en France depuis 2013. Il était entre 2007 et 2011, Secrétaire Général du Groupe Powéo, filiale du groupe français Direct Energie. En 2017 il a rejoint le Groupe Duval pour y piloter le développement du Groupe en Afrique et en Outre-Mer (immobilier et forages). Et il se murmure que le véritable mentor de ce Conseil est M. Lionel Zinsou franco-béninois, ancien Premier ministre du Bénin qui fut banquier d'affaires puis PDG du fonds d'investissement Européen PAI Partners.

Bernard DESCHAMPS

28/11/2017 à 17h.28

PS En relisant mes notes, je m'aperçois que j'ai omis de parler du grave incident qui a provoqué le départ du Président Burkinabè humilié par les propos de Macron disant qu'il n'est pas lui-même le président du Burkina Faso et qui  met celui-ci en porte à faux sur deux questions posées par des étudiants. Les télévisions aux ordres en France ce soir  n'en parlent pas. (19h.01)

Partager cet article

Repost0

commentaires

Cabane Jean 29/11/2017 02:23

Cher Bernard, la lecture de ces premières impressions donne un tout autre éclairage que celui voulu par les chaines de télé dont je dispose ici au Vietnam via TV 5 Monde . Une lecture bien utile donc avant de lire ce qu'en dira notre Huma quotidienne !

Présentation

  • : ww.bernard-deschamps.net
  • : Blog consacré pour une grande part aux relations entre l'Algérie et la France.
  • Contact

Recherche

Pages

Liens