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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 14:18
J'AI LU: "J'AI TROP PEU DE TEMPS A VIVRE POUR PERDRE  CE PEU"

L’excellent article de Rosa Moussaoui paru dans l’Humanité, m’a donné l’envie de lire le dernier ouvrage d’Hervé Bourges (Le Passeur éditeur, mai 2016).

Nous sommes de la même génération. Nous avons, l’un et l’autre, vécu le temps des guerres coloniales et de la décolonisation, Hervé Bourges se situant dans le « camp » des anticolonialistes, ce qui évidemment me le rend infiniment sympathique. J’ai, pour ma part, dans les années 50, vendu clandestinement à l’Ecole d’Application de l’Infanterie de Saint Maixent, le journal Témoignage Chrétien, alors très engagé, auquel plus tard il collaborera.

Hervé Bourges se définit comme un homme de gauche, « non encarté », membre d’aucun réseau, qui épousait les idées de Pierre Mendès France, vota pour Michel Rocard à l’élection présidentielle de 1969 et ne cache pas sa profonde admiration pour le Général de Gaulle et pour François Mitterrand.

Dans ce livre de souvenirs il rappelle avec jubilation les multiples responsabilités qu’il assuma alors qu’il n’était pas un énarque, du cabinet d’Edmond Michelet, ministre gaulliste opposé à la torture à celui du premier Président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella, puis dans le secteur audiovisuel français (TF1, RMC, CSA, etc).

Il dresse une impressionnante galerie de portraits de personnalités actuelles ou du passé récent. Curieusement aucun responsable communiste n’y figure, par contre il évoque l’exécution du communiste algérien Fernand Iveton dont il dit (P. 215): « Le Président de la République René Coty refusera sa grâce avec l’accord du Garde des Sceaux d’alors, François Mitterrand. Iveton sera le seul Européen parmi les 198 prisonniers politiques guillotinés pendant la guerre d’Algérie

Hervé Bourges a bien connu Abdelaziz Bouteflika avec qui il travailla lorsque celui-ci était, à 25 ans, le ministre de la Jeunesse et des Sports de Ahmed Ben Bella, puis Ministre des Affaires Etrangères de 1963 à 1979 sous Boumediene. A la mort de Boumediene en 1978, « …c’est lui (Abdelaziz Bouteflika, ndlr) qui prononcera son éloge funèbre, en des termes pleins d’émotion, de simplicité douloureuse. ».

Hervé Bourges a cette appréciation sur l'action d'Abdelaziz Bouteflika, Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire : « Il lui faudra attendre 1999 pour que, à l’issue d’une guerre de sept ans contre le terrorisme islamique, qui a fait près de 200 000 victimes, il revienne au pouvoir et imprime un changement radical pour faire table rase de cette guerre meurtrière, d’une décennie de désarroi civique et d’abattement du peuple et pour ouvrir de nouveau la voie des relations saines et stables avec la France. Il faut donc lui donner crédit de tout cela. Il ne faut pas sous-estimer non plus la croissance de l’économie algérienne ces dix dernières années, même si elle doit affronter aujourd’hui les conséquences de la chute des prix du pétrole.» (P. 55)

Celles et ceux qui me connaissent ou qui me lisent savent que c’est également mon opinion. De même que je partage aussi celle-ci (P. 198) : « …dans nos médias, l’Algérie souffre toujours d’une image dégradée, comme si, inconsciemment, nous continuions de lui faire payer sa guerre d’indépendance. »

Au total, cet ouvrage d’une lecture attrayante, est un livre enrichissant et utile. Accessoirement, ce clin d’oeil amusé: à la page 176, Hervé Bourges attribue le prénom Mohamed au Président BENDJEDID Chadli. Merci, M. Bourges d’avoir ainsi involontairement quelque peu tempéré mon obsession maladive des erreurs oubliées dans mes propres écrits.

Bernard DESCHAMPS

10 août 2016

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