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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 12:46
LA LIBERTE DE LA PRESSE EST-ELLE MENACEE EN ALGERIE ?

Les médias français dénoncent depuis quelques jours ce qu’ils considèrent comme étant des atteintes à la liberté des « médias indépendants » en Algérie. Leur protestation a pour origine les poursuites judiciaires intentées contre la direction de la chaine privée de télévision KBC et contre une directrice du ministère de la Culture ainsi que par les difficultés rencontrées par le quotidien El Watan pour emménager dans ses nouveaux locaux. Ces décisions soulèvent une certaine émotion dans les milieux culturels algériens choqués notamment par l’incarcération de trois personnes dont Mme Nora Nedjaï que celles et ceux qui la connaissent disent intègre. Beaucoup s'étonnent de la gravité des sanctions dans ce type d'affaire. Une manifestation de protestation s’est déroulée le 1er juillet à Alger, d’autres sont en préparation dont une à Oran.

Attaché personnellement à cette liberté essentielle (J’étais intervenu publiquement en 2005 pour que Mohamed Benchicou soit libéré de prison, avant que le Président Bouteflika le libère ainsi que 200 autres journalistes), j’ai tenu à regarder de près cette situation.

Avec la fin du parti unique, la loi algérienne sur l’Information du 3 avril 1990 a ouvert le champ de la presse aux initiatives privées. L’article 41 ter de la nouvelle Constitution votée le 7 février 2016 garantit cette liberté. Comme le constatait un rapport parlementaire français de Jean-Pierre Dufau, plus de 8o titres désormais existent dont un tiers sont francophones, auxquels s’ajoutent depuis quelques années un nombre sans cesse croissant de journaux électroniques. Dans le même temps, les stations de radios et les chaînes de télévisions se sont multipliées bénéficiant d’autorisations renouvelables dont la date limite a souvent été dépassée générant une certaine anarchie.

Le Ministre de la Communication a annoncé le 28 juin dernier la résolution du Gouvernement algérien « de mettre de l’ordre dans le paysage audiovisuel ». A cet effet une loi de 2014 a créé une Autorité de Régulation de l’Audiovisuel qui a été installée le 20 juin 2016 et qui comprend 9 membres dont 5 désignés par le Président de la République et 4 par les Présidents des deux Chambres du Parlement. C’est cette instance qui aura le pouvoir de délivrer ou de retirer les autorisations. C’est l’équivalent de notre Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) qui comprend 8 membres (loi du 17 janvier 1989), 2 dont son président sont désignés par le Président de la République, 3 sont désignés par le Président du Sénat, 3 par le Président de l’Assemblée Nationale. Le CSA français a été conduit, lui aussi, à refuser ou à retirer des autorisations. Pour ne prendre que quelques exemples : les refus opposés à Radio Solidarité; à la radio musicale Skyrock et la télé Carrib’in et les refus de passer à la TNT gratuite opposés à Paris Première et Planète+.

Sans me prononcer sur le fond ni sur les jugements émis par les tribunaux algériens, il me semble donc qu’au regard de notre propre législation et de notre pratique française, il convient certes d’être vigilant mais aussi d’être prudent avant de lancer une fatwa politique contre les autorités algériennes.

Un dernier mot enfin à propos de ce que des journaux français désignent comme des « médias indépendants ». Certains journaux en Algérie sont la propriété de leurs journalistes et des lecteurs. Mais ils sont de plus en plus souvent rachetés par des groupes industriels et financiers. C’est le cas d’El Khabar et de la chaîne KBC sur lesquels le plus gros milliardaire d’Algérie et d’Afrique, Issad Rebrab, le patron du groupe CEVITAL, déjà propriétaire du quotidien Liberté, a jeté son dévolu. Alors indépendants ?

Bernard DESCHAMPS 6 juillet 2016

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ZITOUNI 10/07/2016 00:02

ayant vécu une jeunesse où tout était unique, un président unique, un gouvernement unique, un parti unique, une chaîne télé unique ( l'orpheline), un journal francophone unique (el moudjahid), la pluralité n'existait pas, nous ne l'imagions même pas. On était emporté par notre élan nationaliste, endoctriné par des discours populistes. l'été, point de vacances, nous sillonnant la campagne pour
aider et expliquer les bienfaits de la révolution agraire à des paysans. Un langage unique que personne ne peut contredire ou critiquer. Puis, le 5 octobre 2008, se déclenche spontanément cette révolte salutaire, certains la qualifie de l"émeute du PAIN, d'autres, celle de la liberté. Le
peuple algérien n'a jamais craint ni la soif ni la faim. Un morceau de pain et quelques dattes suffisaient. Le peuple avait surtout soif de liberté. Le pluralisme s"installe, les partis se créent, les journaux apparaissent, mais dérangent. D'un coté ou de l'autres, mouvance islamique ou pouvoir, les journalistes sont les premières victimes de cette ouverture politique: Yefsah, Djaout....
Djaout disait: tu parles tu meurs, tu te tais tu meurs, alors parles et meurs. la presse a été toujours muselée, les journalistes malmenés ou emprisonnés, des fermetures administratives prononcées suite à des jugements arbitraires. La démocratie n'est pas pour maintenant, alors sirotant un verre de thé et restant éveillés car le cauchemar continu. abdelaziz zitouni

Bernard DESCHAMPS 07/07/2016 13:29

Merci Lysianne pour ce témoignage édifiant.

Lysianne 07/07/2016 11:50

Vu dans les journaux ???
En ce premier juillet 2016 soit un an après le Tribunal d'opinion du 27 juin 2015, l'Etat et les collectivités territoriales sont définitivement condamnés pour violation des droits et discriminations envers les enfants Roms. Depuis un an, aucun réel effort pour respecter les droits de l'enfant n'a été noté. En effet, alors que ces enfants devraient être protégés et accompagnés, ils subissent sans cesse des violations de leurs droits les plus fondamentaux.

L’État Français et ses collectivités territoriales ont été mis en accusation pour avoir commis à l’égard des enfants Roms ou désignés comme tels des actes de discrimination consistant en des violations des droits de ces enfants :
1) à mener une vie familiale stable, à la protection de leur domicile, à l’accès aux dispositifs de logement social et, à défaut d’abri, au droit à un hébergement d’urgence,
2) à l’éducation,
3) à la santé et à la protection sociale,
4) et à l’accès aux dispositifs de protection de l’enfance en danger.

Les voilà à présent définitivement condamnés !
http://romeurope.org/IMG/pdf/premier_juillet_2016_sentence_definitive_-_tribunal_d_opinion.pdf

Lysianne 06/07/2016 21:16

Je n'ai pas assez d'éléments pour juger de la liberté de la presse en Algérie, mais je trouve les médias français bien prompts à critiquer d'éventuelles atteintes à la démocratie dans d'autres pays, et bien timides lorsque notre gouvernement répond à la vox populi en dégainant le 49.3 plus vite que son ombre. Sans parler de la mainmise de groupes financiers sur "nos" journaux, radios et chaînes de télé, ce qui, me semble-t-il, est contraire à notre constitution...

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