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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 10:06
MM. Ramtane LAMAMRA, ministre des AE algérien et Khemaies JHINAOUI, ministre des AE tunisien
MM. Ramtane LAMAMRA, ministre des AE algérien et Khemaies JHINAOUI, ministre des AE tunisien

El Watan, 15 février 2016

Probabilité d’une intervention militaire en Libye

Inquiétude à Alger et à Tunis

Les échanges se multiplient sur la question et le sujet était encore une fois au menu de la rencontre à Alger, hier, entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays.

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a évoqué mardi dernier avec son homologue égyptien, Sameh Choukri, la situation en Libye, alors qu’une éventuelle intervention dans ce pays semblait se préparer à Washington même. Kerry avait déclaré à l’issue de cet entretien, tenu au département d’Etat, qu’il avait multiplié les rencontres avec Sameh Choukri ces dernières semaines pour discuter du dossier libyen. «Il y a un important agenda en ce moment» concernant la Libye, a-t-il annoncé.

Les nouvelles qui parviennent du département d’Etat sont de moins en moins bonne à propos de la situation en Libye.

Selon l’Agence France presse (AFP), des observateurs à Washington ont évoqué, dernièrement, une possible participation de l’Egypte dans une nouvelle frappe militaire dans ce pays, signalant que plusieurs indicateurs confirmaient l’existence de préparatifs menés dans ce sens. Avant-hier, le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a dit que le gouvernement d’union nationale libyen doit prendre ses fonctions «sans délai».

Le chaos et la montée du groupe terroriste autoproclamé Etat islamique (EI/Daech) inquiètent au plus haut point les Occidentaux, pourtant entièrement responsables de la situation qui y prévaut depuis la chute du régime de Mouammar El Gueddafi il y a cinq ans. Mais ce qui paraît une solution à leurs yeux n’est pas forcément la meilleure voie pour reconstruire un pays déchiré par une guerre civile dévastatrice.

La solution militaire qu’ils proposent est perçue, à juste titre faut-il le souligner, comme un problème par les pays voisins, en l’occurrence l’Algérie et la Tunisie, qui ne cessent d’ailleurs de subir les graves conséquences de l’intervention militaire de 2011. Les échanges se multiplient sur la question et le sujet était encore une fois au menu de la rencontre à Alger, hier, entre le ministre tunisien des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, et son homologue algérien, Ramtane Lamamra.

Les deux pays mettent l’accent particulièrement sur «la nécessité de parvenir à une solution politique et n’arrêtent pas de dire que l’intervention militaire ne constitue pas une issue» pour des raisons évidentes que tout le monde connaît. Pour avoir subi sur le plan sécuritaire le chaos libyen, l’Algérie et la Tunisie placent la priorité dans «la formation d’un gouvernement d’unité nationale à Tripoli qui aura notamment à traiter des questions importantes, en particulier le terrorisme».

Si jusque-là tous les efforts d’une solution négociée ont échoué, ils ne perdent visiblement pas espoir de voir les parties libyennes finir par trouver un terrain d’entente. Ce serait la seule sortie possible d’une crise qui dure depuis cinq ans.

Une autre solution sera porteuse de risque d’aggravation. L’Algérie et la Tunisie s’emploient à faire face aux débordements sécuritaires. Le gouvernement tunisien a annoncé, vendredi dernier, qu’il allait mettre en place des commissions régionales chargées d’élaborer «un plan» pour faire face aux conséquences d’une éventuelle intervention militaire internationale en Libye, pays voisin livré au chaos.

Mais la solution politique ne semble pas trop convaincre les pays occidentaux. «Il n’y a plus de temps à perdre pour que ce gouvernement d’union nationale prenne ses fonctions et s’installe à Tripoli en toute sécurité», a indiqué le nouveau chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, à l’issue d’une réunion à Munich (sud de l’Allemagne) sur l’avenir de la Libye, avec notamment ses homologues américain, allemand et italien. Le président du Parlement libyen de Tobrouk (est) reconnu par la communauté internationale, Aguila Saleh est presque sommé à approuver le gouvernement d’union nationale. «Il faut aller vite, aussi vite que possible», a indiqué M. Ayrault, ajoutant qu’ «il y va de l’intérêt des Libyens, de l’intérêt et de la sécurité des pays de la région et aussi de la sécurité en Europe».

Une Libye déchirée par le chaos politique — avec deux gouvernements rivaux, à Tobrouk et Tripoli — et les violences entre factions rivales, confrontée à une montée en puissance de l’EI le long de ses côtes, fait peur. Les Occidentaux, inquiets de l’installation d’un bastion de l’EI à seulement 300 kilomètres de l’Europe, se disent prêts à contribuer au rétablissement de la sécurité en Libye, à condition qu’un gouvernement d’union nationale en fasse la demande.

Qui payera la facture d’une éventuelle intervention ? L’Europe et les Etats-Unis semblent avoir fait leurs calculs. Les pays de la région en supporteront certainement les frais et eux sortiront avec moins de risques. Si personne ne peut parier sur l’anéantissement de la menace de Daech, ils en réduiront au moins la portée. Cherif Idris, enseignant à l’université d’Alger, estime, dans une déclaration publiée par El Watan, qu’«une intervention militaire pourrait avoir des conséquences sur la sécurité de l’Algérie : afflux de réfugiés et possible infiltration de groupes armés sur le territoire algérien». Pas seulement : «La sécurisation des frontières avec la Libye deviendra plus onéreuse.»

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